Qu’est-ce que le CBAM (MACF) et quelles entreprises sont concernées ?
Le CBAM (Carbon Border Adjustment Mechanism), appelé en français MACF (mécanisme d’ajustement carbone aux frontières), est le dispositif européen qui applique un prix carbone aux émissions incorporées de certaines marchandises importées dans l’Union européenne : fer et acier, aluminium, ciment, engrais azotés, hydrogène et électricité. Depuis le 1er janvier 2026, il est entré dans son régime définitif. Est directement concernée toute entreprise qui importe plus de 50 tonnes par an de ces marchandises : elle doit obtenir le statut de déclarant autorisé, déclarer chaque année les émissions importées et restituer des certificats achetés au prix du carbone européen. Les autres entreprises, qui achètent ces matières auprès d’un distributeur européen, sont exposées indirectement : le coût carbone leur est répercuté dans le prix.
À retenir
- CBAM et MACF désignent le même mécanisme : CBAM en anglais, MACF en français. Il est encadré par le règlement (UE) 2023/956, modifié par le règlement (UE) 2025/2083.
- Six familles de produits sont couvertes aujourd’hui : fer et acier, aluminium, ciment, engrais azotés, hydrogène, électricité.
- Seuil d’exemption : moins de 50 tonnes de marchandises CBAM importées par année civile (hors électricité et hydrogène).
- Les premiers certificats seront vendus à partir du 1er février 2027 ; la première déclaration annuelle, pour les importations 2026, est due en septembre 2027.
- Sans donnée réelle du fournisseur, l’importateur applique une valeur par défaut, majorée de 10 % en 2026, 20 % en 2027 et 30 % à partir de 2028 pour l’acier, l’aluminium, le ciment et l’hydrogène.
- Le principal risque financier tient à l’assiette appliquée quand la donnée fournisseur manque.
- Une extension aux produits aval (machines, équipements à forte teneur en acier ou en aluminium) est en cours de négociation, pour une application envisagée à partir de 2028.
Sommaire
Qu’est-ce que le CBAM ?
Un prix carbone appliqué aux importations
Le CBAM applique aux marchandises importées le même prix carbone que celui payé par les industriels européens soumis au système d’échange de quotas d’émission (SEQE-UE, ou ETS). Son objectif est double : éviter les fuites de carbone, c’est-à-dire la délocalisation de la production vers des pays aux règles climatiques moins strictes, et inciter les producteurs hors Union européenne à réduire leurs émissions.
L’importateur paie pour les émissions intrinsèques des marchandises qu’il fait entrer dans l’Union : les émissions directes du procédé de fabrication et, pour certains produits, les émissions indirectes liées à l’électricité consommée.
Pourquoi parle-t-on de CBAM et de MACF ?
Il s’agit du même dispositif. « CBAM » est l’acronyme anglais utilisé dans les textes et les échanges internationaux. « MACF » est sa traduction officielle en français, utilisée par l’administration française (DGEC, douane). Un article ou une procédure qui parle de l’un parle de l’autre.
Quelles marchandises sont couvertes ?
Le périmètre est fixé par l’annexe I du règlement (UE) 2023/956, par code de nomenclature douanière.
| Famille | Exemples de produits | Majoration des valeurs par défaut |
|---|---|---|
| Fer et acier | Brames, bobines, tubes, profilés, vis et boulons | +10 % (2026), +20 % (2027), +30 % (2028) |
| Aluminium | Lingots, barres, tôles, profilés | +10 % (2026), +20 % (2027), +30 % (2028) |
| Ciment | Clinker, ciment Portland | +10 % (2026), +20 % (2027), +30 % (2028) |
| Hydrogène | Hydrogène | +10 % (2026), +20 % (2027), +30 % (2028) |
| Engrais azotés | Ammoniac, nitrates, urée | +1 % (dès 2026) |
| Électricité | Électricité importée | Règles spécifiques |
Un produit n’est concerné que si son code douanier figure dans l’annexe. Le fait qu’un équipement contienne de l’acier ou de l’aluminium ne suffit pas à le faire entrer dans le champ.
Quelles entreprises sont concernées par le CBAM ?
Les importateurs directs au-delà de 50 tonnes par an
L’entreprise qui importe elle-même, ou fait importer en son nom, plus de 50 tonnes cumulées de marchandises CBAM par année civile est directement soumise au mécanisme. Depuis le 1er janvier 2026, elle doit détenir le statut de déclarant CBAM autorisé avant de dédouaner ces marchandises (les importateurs qui avaient déposé leur demande avant le 31 mars 2026 ont pu continuer à importer dans l’attente de la décision). En France, l’autorisation est délivrée par la DGEC (direction générale de l’énergie et du climat), sur demande déposée dans le registre CBAM. Un représentant en douane indirect peut, dans certains cas, porter ce statut pour le compte de l’importateur.
Ce seuil de 50 tonnes, introduit par la simplification de 2025, vise à exempter les petits importateurs occasionnels tout en conservant l’essentiel des émissions dans le champ. Selon la Commission européenne, il exempte environ 90 % des importateurs, tout en couvrant environ 99 % des émissions concernées.
Les importateurs sous le seuil
Une entreprise qui importe moins de 50 tonnes par an de marchandises CBAM est exemptée. Elle le signale lors du dédouanement (code Y137 en France). Le seuil ne s’applique pas à l’électricité et à l’hydrogène, couverts quel que soit le volume.
Une entreprise qui prévoit de dépasser le seuil en cours d’année doit demander son autorisation sans attendre : le seuil s’apprécie sur l’année civile complète.
Les entreprises exposées indirectement
C’est le cas le plus fréquent. Une entreprise qui achète ses aciers, ses ciments ou ses profilés aluminium auprès d’un distributeur établi dans l’Union n’est pas l’importateur déclarant. Elle n’a aucune obligation CBAM. Mais le coût des certificats payés par son distributeur lui est répercuté dans le prix. Son exposition est donc économique.
Les fournisseurs, européens et hors Union
Les producteurs hors Union européenne ne sont pas soumis au CBAM, mais leurs clients importateurs leur demandent leurs émissions réelles. Un fournisseur capable de documenter une donnée inférieure à la valeur par défaut fait baisser le coût de son client, et devient plus compétitif.
Les fournisseurs européens qui transforment des matières importées sont, eux, interrogés par leurs propres clients : « votre produit, ou ses intrants, créent-ils un coût carbone pour moi ? »
Synthèse : qui est concerné, et comment ?
| Situation | Obligation CBAM | Exposition |
|---|---|---|
| Importateur de plus de 50 t/an de marchandises CBAM | Statut de déclarant autorisé, déclaration annuelle vérifiée, achat et restitution de certificats | Directe et financière |
| Importateur de moins de 50 t/an | Aucune (hors électricité et hydrogène) | Faible |
| Acheteur auprès d’un distributeur établi dans l’UE | Aucune | Économique, par répercussion dans le prix |
| Producteur hors UE | Aucune | Commerciale : ses clients lui demandent ses émissions réelles |
| Fournisseur européen utilisant des intrants importés | Aucune, sauf s’il importe lui-même | Commerciale : ses clients lui demandent l’origine et l’assiette |
| Importateur de machines ou d’équipements à forte teneur en acier ou en aluminium | Aucune à ce jour | À anticiper si l’extension aval est adoptée (2028) |
Comment savoir si mon entreprise est concernée ?
La détermination suit six étapes, dans cet ordre :
- identifier le produit importé ;
- établir son classement douanier ;
- déterminer son origine ;
- vérifier son inclusion, ou non, dans le champ du CBAM applicable ;
- identifier les émissions incorporées concernées ;
- établir les obligations et les coûts effectivement applicables.
Aucune étape ne se déduit de la précédente. La présence d’acier dans un produit n’indique pas qu’il relève du CBAM ; une origine européenne de façade n’indique pas que les matières n’ont pas été importées en amont.
Quel est le calendrier du CBAM ?
| Date | Étape |
|---|---|
| Du 1er octobre 2023 au 31 décembre 2025 | Période transitoire : déclarations trimestrielles, sans paiement |
| 1er janvier 2026 | Régime définitif : statut de déclarant autorisé obligatoire au-delà de 50 t/an |
| 1er février 2027 | Début de la vente des certificats CBAM sur la plateforme centrale |
| Septembre 2027 | Première déclaration annuelle (importations 2026), vérifiée par un vérificateur accrédité, et restitution des certificats |
| 2028 (proposition en négociation) | Extension envisagée à des produits aval à forte teneur en acier ou en aluminium |
| 2034 | Fin des quotas gratuits pour les industriels européens des secteurs couverts : le CBAM s’applique à plein |
À partir de 2027, l’importateur doit aussi détenir, à la fin de chaque trimestre, des certificats couvrant au moins 50 % des émissions incorporées dans ses importations de l’année en cours.
Où en est l’extension aux produits aval ?
La Commission européenne a proposé le 17 décembre 2025 d’étendre le mécanisme, à compter du 1er janvier 2028, à environ 180 produits aval à forte teneur en acier ou en aluminium, notamment des machines et des équipements. Le Conseil a adopté sa position le 12 juin 2026, sur environ 200 produits ; le Parlement européen la sienne le 15 septembre 2026, sur un périmètre bien plus large (457 produits). Les négociations entre institutions ont démarré à l’automne 2026 : un premier trilogue politique était programmé le 20 octobre 2026 et un second le 30 novembre, avec l’objectif d’un accord politique avant la fin de l’année.
Le texte n’est pas adopté et le nombre de produits n’est pas arrêté. Il doit néanmoins être anticipé dans les contrats pluriannuels et les décisions d’investissement dont l’exécution dépassera 2028.
Combien coûte le CBAM ?
Le calcul
Coût brut = émissions intrinsèques importées (tCO₂e) × prix du certificat CBAM
Le prix du certificat est calculé chaque trimestre en 2026, sur la moyenne des prix des quotas européens (EUA). Il a été établi à 75,36 €/tCO₂e au premier trimestre 2026, 75,28 € au deuxième et 82,32 € au troisième. Le prix du quatrième trimestre sera publié début janvier 2027.
Le nombre de certificats à restituer est ensuite réduit de deux ajustements :
- les quotas gratuits encore attribués aux producteurs européens comparables, qui diminuent progressivement jusqu’à leur disparition en 2034 ;
- le prix carbone effectivement payé dans le pays d’origine, le cas échéant.
L’effet d’un écart d’assiette se traduit donc en coût de manière croissante d’année en année.
Exemple chiffré : l’effet de la qualité de la donnée sur l’assiette
Pour 100 tonnes d’acier importé :
| Hypothèse | Facteur retenu | Assiette carbone |
|---|---|---|
| Valeur par défaut, majorée de 10 % en 2026 | 3,2 × 1,10 = 3,52 tCO₂e/t | 352 tCO₂e |
| Donnée fournisseur vérifiée | 1,4 tCO₂e/t | 140 tCO₂e |
| Écart | 212 tCO₂e |
Valorisé au prix de référence du premier trimestre 2026 (75,36 €/tCO₂e), cet écart représente un enjeu carbone brut d’environ 15 976 € pour 100 tonnes, avant ajustement des quotas gratuits. Au prix du troisième trimestre, il dépasse 17 400 €.
La valeur par défaut retenue (environ 3,2 tCO₂e/t) correspond à l’arrondi de la valeur publiée par la Commission pour les demi-produits en acier d’origine chinoise (3,169 tCO₂e/t, code NC 7207), dans l’annexe corrigée par le règlement d’exécution (UE) 2026/1740. La donnée réelle (environ 1,4 tCO₂e/t) correspond à un fournisseur performant, proche du référentiel européen haut-fourneau.
Cas d’usage : un industriel qui importe 8 000 tonnes d’acier
Atlas Industrie, groupe industriel fictif de 2 Md€ de chiffre d’affaires utilisé dans les Cahiers de la Compétitivité Carbone®, importe 8 000 tonnes d’acier hors Union européenne par an. Passer d’une valeur par défaut majorée de 3,52 tCO₂e/t à une donnée fournisseur vérifiée de 1,4 tCO₂e/t réduirait son assiette de 16 960 tCO₂e, soit un enjeu carbone brut d’environ 1,28 M€ par an avant ajustement des quotas gratuits.
Sur une famille de pièces mécaniques importées, Atlas compare deux offres à 4 % d’écart de prix. Une fois l’assiette CBAM reconstruite sur données réelles, le classement s’inverse : l’offre la moins chère sur facture devient la plus coûteuse en coût complet.
Ce qui est observé sur le terrain : sur un portefeuille où seule une partie des fournisseurs a pu produire une donnée réelle, le recours à ces données a réduit de 38 % l’assiette calculée par rapport à un scénario intégralement fondé sur les valeurs par défaut. Référence par référence, l’écart dépasse fréquemment 50 %.
Pourquoi le CBAM est-il un sujet achats, et pas seulement douanier ?
L’assiette se décide chez le fournisseur
L’obligation déclarative est gérée avec la douane. Le coût, lui, dépend de la donnée obtenue du producteur hors Union. Or c’est la direction des achats qui négocie avec ces producteurs, qui peut exiger leurs émissions réelles et qui arbitre entre deux sources d’approvisionnement.
Sans donnée, l’importateur n’a pas le choix : il applique la valeur par défaut, majorée chaque année jusqu’en 2028.
La collecte prend du temps
Obtenir une donnée réelle d’un fournisseur turc, indien ou chinois ne se fait pas au dernier trimestre. La collecte se conduit par vagues, dans la langue et le format du fournisseur, et l’harmonisation des méthodes demande des arbitrages. Les données des importations 2026 devront être vérifiées par un vérificateur accrédité avant septembre 2027.
Une donnée exploitable doit être traçable
Pour servir en douane, en finance ou en audit, une émission intrinsèque doit être rattachée à une source, calculée selon une méthode connue, versionnée et reproductible. Une moyenne permet d’estimer ; elle devient fragile dès qu’elle détermine un montant à payer.
Par où commencer ?
Le plus efficace est de démarrer sur un périmètre précis (un portefeuille d’importation, une famille d’achats métalliques ou une consultation à venir), en quatre étapes :
- qualifier : identifier les codes douaniers, les volumes et les origines, et vérifier le dépassement du seuil de 50 tonnes ;
- chiffrer : calculer l’assiette en valeurs par défaut majorées, pour mesurer ce que coûte l’absence de donnée ;
- collecter : obtenir les émissions réelles des fournisseurs qui concentrent l’essentiel du tonnage, en priorité ;
- décider : intégrer le coût CBAM dans le coût complet des offres, et dans les clauses des contrats pluriannuels.
Le module My-MACF® de Decarbo’Solution® remplace les valeurs par défaut par les données réelles des fournisseurs, sur les seules marchandises comprises dans le champ du règlement, et conserve un dossier de preuve versionné de l’assiette. Il ne calcule pas l’empreinte complète d’un produit : c’est le rôle de My-PCF®, selon l’ISO 14067. Les deux répondent à des finalités différentes, sur des périmètres différents.
Pour aller plus loin : le Cahier 12 Achats privés
Le Cahier 12 « Achats privés & Compétitivité Carbone® » s’adresse aux directions des achats. Ses dix questions portent sur l’effet de la donnée carbone fournisseur sur le prix de revient : comparer des offres plutôt que des entreprises, exiger une preuve vérifiable, faire entrer le carbone dans le coût complet, et, au chapitre 7, passer d’une assiette CBAM subie à une assiette pilotée. Le cas Atlas Industrie y est entièrement chiffré et recalculable.
Recevoir le Cahier 12 Achats privés
Vous êtes fournisseur et vos clients vous interrogent sur le CBAM ? Le Cahier 28 Fournisseurs industriels traite la même question de l’autre côté du contrat.
FAQ
Quelle est la différence entre le CBAM et le MACF ?
Il n’y en a pas. CBAM est l’acronyme anglais (Carbon Border Adjustment Mechanism), MACF sa traduction française (mécanisme d’ajustement carbone aux frontières). Les deux désignent le dispositif établi par le règlement (UE) 2023/956.
Le CBAM s’applique-t-il aux PME ?
Le CBAM ne dépend pas de la taille de l’entreprise, mais du tonnage importé. Une PME qui importe plus de 50 tonnes par an d’acier, d’aluminium, de ciment ou d’engrais est concernée. En dessous, elle est exemptée, sauf pour l’électricité et l’hydrogène.
Je n’importe pas moi-même : suis-je concerné ?
Pas réglementairement. Si vous achetez auprès d’un distributeur établi dans l’Union, c’est lui l’importateur. En revanche, le coût des certificats vous sera répercuté dans le prix : votre exposition est économique.
Quand faut-il payer les premiers certificats CBAM ?
Les certificats sont vendus à partir du 1er février 2027. Ceux qui couvrent les importations 2026 sont restitués avec la première déclaration annuelle, due en septembre 2027.
Que se passe-t-il si mon fournisseur ne transmet pas ses émissions ?
Vous appliquez la valeur par défaut fixée par la Commission, majorée de 10 % en 2026, 20 % en 2027 et 30 % à partir de 2028 pour l’acier, l’aluminium, le ciment et l’hydrogène. Pour un acier d’origine carbonée, l’assiette peut alors être plus de deux fois supérieure à celle d’un fournisseur performant.
Le CBAM concerne-t-il les machines et les équipements ?
Pas encore. Une extension à des produits aval à forte teneur en acier ou en aluminium a été proposée pour 2028 ; elle est en cours de négociation entre la Commission, le Conseil et le Parlement européen, et n’est pas adoptée.
Une donnée réelle de fournisseur doit-elle être vérifiée ?
Oui. En régime définitif, la déclaration annuelle doit être vérifiée par un vérificateur accrédité. Une donnée fournisseur non documentée ne pourra pas être retenue à la place de la valeur par défaut.
Sources
- Decarbo’Solution®, Cahier 12 · Achats privés & Compétitivité Carbone®, V1.0, septembre 2026 : chapitre 7 et cas Atlas Industrie
- Règlement (UE) 2023/956 établissant un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, modifié par le règlement (UE) 2025/2083
- DGEC, Guide pratique de l’importateur MACF, janvier 2026
- Douane française, MACF : rappels pour fluidifier vos importations, 8 janvier 2026
- Parlement européen, CBAM : accord avec le Conseil pour simplifier le mécanisme, juin 2025 (seuil de 50 tonnes, 90 % des importateurs exemptés, 99 % des émissions couvertes)
- Douanes finlandaises, prix du certificat CBAM au deuxième trimestre 2026
- SteelOrbis, prix du certificat CBAM au troisième trimestre 2026
- Mayer Brown, CBAM Downstream Extension: the Road to Trilogue, octobre 2026






