Comment calculer et communiquer l’empreinte carbone par nuitée à ses clients ?
L’empreinte carbone par nuitée est la quantité de gaz à effet de serre, exprimée en kgCO₂e, émise par un hôtel pour une nuit vendue. Elle se calcule en divisant les émissions annuelles de l’établissement (énergie, restauration, linge, produits d’accueil, déchets) par le nombre de nuits vendues dans l’année. Pour être utile aux entreprises qui réservent, elle doit reposer sur les consommations réelles de l’hôtel et un périmètre explicite. C’est cette valeur que les grands comptes intègrent dans leur Scope 3, et que les acheteurs voyages comparent au moment du référencement.
Key Takeaways
- Formule : émissions annuelles de l’établissement ÷ nombre de nuitées.
- Les achats (repas, blanchisserie, produits d’accueil) peuvent peser plus que l’énergie : 54 % de l’empreinte dans le cas type Hôtel Rivage.
- Le transport du client jusqu’à l’hôtel est traité à part.
- Une valeur par défaut décrit le secteur, pas votre hôtel : seule une mesure réelle permet de prouver un écart.
- Deux valeurs ne se comparent que si elles couvrent les mêmes postes.
- Le premier gain se mesure en contrats de référencement conservés, avant les économies d’énergie.
Contents
Pourquoi les entreprises demandent-elles cette donnée à leurs hôtels ?
Parce qu’elle entre dans leur Scope 3
Peu d’hôtels sont eux-mêmes soumis à la CSRD, hormis les grands groupes. La demande vient des entreprises qui envoient leurs collaborateurs en déplacement : elles doivent comptabiliser ces séjours dans le Scope 3 de leur bilan d’émissions, au titre du tourisme d’affaires, et répercutent cette exigence sur les établissements qu’elles référencent.
Sans information de l’hôtel, l’entreprise applique une valeur par défaut, et un hôtel performant voit ses efforts disparaître dans le bilan de son client.
Parce qu’elle pèse dans le référencement
Les acheteurs voyages, les agences MICE et les plateformes de réservation commencent à valoriser les établissements capables de présenter un impact environnemental traçable et comparable. Dans un appel d’offres MICE ou B2B, le critère carbone départage des offres qui se ressemblent.
Dans le cas type Hôtel Rivage (4 étoiles d’affaires urbain, 120 chambres, 6,4 M€ de chiffre d’affaires, environ 31 500 nuits vendues par an), 2,55 M€ de chiffre d’affaires sont remis en jeu chaque année par consultation : 1,70 M€ d’hébergement sous contrat annuel avec douze comptes corporate, et 850 k€ de séminaires. Deux déréférencements suffisent à faire perdre 284 k€. En regard, la facture énergétique représente environ 190 k€ de charges annuelles.
Pour un hôtel, la donnée carbone se rentabilise d’abord par les séjours conservés, bien avant les kilowattheures économisés.
Parce que le coût du fossile devient visible
Deux mécanismes font entrer le carbone dans le compte d’exploitation :
- Le dispositif Éco Énergie Tertiaire : dès 1 000 m² de surface tertiaire, il impose une trajectoire de réduction des consommations (−40 % à l’horizon 2030, ou l’atteinte d’une valeur absolue) et une déclaration sur la plateforme OPERAT.
- L’ETS2 : à partir de 2028, il renchérira le gaz, le fioul et le GPL. L’hôtel n’y est pas assujetti : ce sont ses fournisseurs d’énergie qui paient les quotas et répercutent le coût dans leurs prix.
Quels sont les ordres de grandeur ?
Les moyennes publiées
| Source | Valeur | Ce qu’elle couvre |
|---|---|---|
| ADEME, comparatif des hébergements | 5,3 kgCO₂e par nuit d’hôtel | Moyenne nationale |
| ADEME, Bilan GES du tourisme (2021) | 3,3 kgCO₂e | Énergie seule, hébergement marchand |
| ADEME, affichage environnemental des hôtels (2020) | 9,91 kgCO₂e, dont 30 % pour le petit-déjeuner | Nuit avec petit-déjeuner |
| HCMI (Sustainable Hospitality Alliance), moyenne France | 7,7 kgCO₂e par chambre occupée | Principalement énergie |
Selon le rapport ADEME de 2020, la valeur augmente avec la catégorie : de 4,73 kgCO₂e pour un hôtel non classé à 17,11 kgCO₂e pour un 5 étoiles.
Pourquoi ces repères ne sont pas comparables à votre mesure
Ces repères portent surtout sur le chauffage, l’éclairage et la climatisation. Dès que l’on intègre les repas, la blanchisserie et les autres achats, la valeur augmente fortement : dans le cas Hôtel Rivage, elle atteint 22,2 kgCO₂e, dont plus de la moitié vient des fournisseurs.
Le comparer à un repère de 5 kgCO₂e n’aurait aucun sens. Une comparaison n’est valable qu’entre deux valeurs calculées de la même façon.
Comment calculer l’empreinte carbone par nuitée ?
Étape 1 : fixer ce que l’on mesure
Les postes à inclure doivent être décidés avant la collecte, documentés et conservés d’une année sur l’autre :
- énergie : gaz, fioul, GPL, électricité, réseau de chaleur ;
- restauration et F&B, linge et blanchisserie, produits d’accueil, consommables, prestations externalisées ;
- déchets, eau et fluides frigorigènes.
Le transport du client jusqu’à l’hôtel est exclu et traité séparément. Ainsi, un hôtel bien géré n’est ni avantagé ni pénalisé par des choix d’acheminement qui ne dépendent pas de lui. Les deux résultats se combinent ensuite : l’hébergement d’un côté, le trajet du voyageur de l’autre (avec Decarbo’Mobility®), pour obtenir l’impact complet d’un voyage d’affaires, par exemple un Paris-Lyon avec une nuit et un dîner au restaurant de l’hôtel.
Étape 2 : collecter des données primaires
Une donnée primaire est propre à l’hôtel : ses kWh réels, ses équipements, ses usages, ses volumes achetés. Une valeur par défaut, à l’inverse, masque ses efforts et ne dit pas où agir.
Données à rassembler sur 12 mois :
- factures et relevés d’énergie, par source ;
- volumes achetés, idéalement avec l’empreinte transmise par chaque fournisseur ;
- recharges de fluides frigorigènes, tonnages de déchets, consommation d’eau ;
- surface exploitée ;
- nombre de chambres occupées et taux d’occupation.
Étape 3 : calculer les émissions annuelles
Émissions = donnée d’activité × facteur d’émission
En France, les facteurs de référence sont ceux de la Base Carbone de l’ADEME.
Étape 4 : diviser par l’activité de l’année
Empreinte par nuitée = émissions annuelles ÷ nombre de nuitées
Pour une empreinte au sens de l’ISO 14067 (empreinte carbone d’un produit ou d’un service), les émissions sont allouées selon l’occupation et le résultat est assorti d’une quantification de l’incertitude. C’est l’approche du module My-PCF® de Decarbo’Solution®.
Exemple chiffré : le cas Hôtel Rivage
| Paramètre | Valeur |
|---|---|
| Chambres / taux d’occupation | 120 chambres, 72 % |
| Nuits vendues par an | ≈ 31 500 |
| Surface et consommation | 6 000 m², 1 800 MWh (60 % gaz, 40 % électricité) |
| Energy | 288 tCO₂e (gaz 245 t, électricité 43 t) |
| Restauration, linge, produits d’accueil, prestations | 380 tCO₂e |
| Déchets, eau, fluides frigorigènes | 32 tCO₂e |
| Total | 700 tCO₂e |
| Empreinte par nuitée | 700 000 ÷ 31 500 ≈ 22,2 kgCO₂e |
| Consommation par chambre occupée | ≈ 57 kWh |
Facteurs retenus : 0,227 kgCO₂e/kWh pour le gaz naturel, 0,060 pour l’électricité du mix français. Hôtel Rivage est un cas pédagogique fictif ; ses résultats se recalculent en remplaçant quatre paramètres : nombre de chambres, taux d’occupation, prix moyen et part de l’activité attribuée par consultation.
Le poste que la facture d’énergie ne montre pas
Chez Rivage, les achats représentent 380 tCO₂e sur 700, soit 54 % du total, contre 288 tCO₂e pour l’énergie. Dans un hôtel réel, cette part dépend du modèle d’exploitation, mais elle est rarement marginale.
Pour la mesurer autrement qu’avec des moyennes, il faut aller chercher la donnée chez les fournisseurs : l’empreinte carbone de leurs produits (PCF), calculée selon l’ISO 14067. C’est ce qui permet de comparer deux blanchisseries, deux fournisseurs de café ou deux traiteurs sur leur impact réel.
Comment communiquer cette donnée aux entreprises clientes ?
Passer de la déclaration à la preuve
Une valeur fondée sur des ratios sectoriels informe, mais elle ne résiste ni à un appel d’offres, ni à un audit, ni à la question d’un acheteur voyages. Une preuve repose sur des données primaires, traçables et recalculables à l’identique.
Une communication crédible précise toujours :
- la valeur et l’unité : « 22,2 kgCO₂e par nuitée » ;
- les postes inclus, et l’exclusion du transport des voyageurs ;
- le référentiel : ISO 14067, facteurs d’émission utilisés ;
- l’exercice de référence ;
- la part de données primaires et l’incertitude associée ;
- l’évolution d’un exercice à l’autre et les actions qui l’expliquent.
Traduire le résultat dans le bilan de l’entreprise
Pour un acheteur corporate, la donnée devient parlante quand elle est traduite dans son propre reporting.
Dans le cas Rivage, un compte corporate réserve 3 000 nuits par an. Calculées avec la valeur de référence retenue pour ce cas pédagogique (30 kgCO₂e, hypothèse propre au cas et non moyenne du secteur), elles représentent 90 tCO₂e dans son Scope 3. Avec la donnée primaire de Rivage, ce poste tombe à environ 67 tCO₂e : un écart potentiel de 23 tCO₂e, sous réserve d’un calcul comparable et de son acceptation dans le reporting de l’entreprise.
Pour l’acheteur, c’est une baisse potentielle de son propre Scope 3, simple à présenter en comité de référencement.
Adapter le message à chaque interlocuteur
| Interlocuteur | Ce qu’il attend | Ce qu’il faut lui fournir |
|---|---|---|
| Responsable RSE d’un grand compte | Un chiffre intégrable dans son Scope 3 | Valeur par nuitée + note de calcul |
| Acheteur voyages, agence MICE | Une comparaison entre hôtels | Écart à une référence comparable |
| Organisateur de séminaires | L’impact d’un événement | Hébergement, repas et salles |
| Siège d’un groupe ou d’une enseigne | Des résultats consolidables | Un même calcul pour tous les hôtels |
Les cinq indicateurs de pilotage
| Indicator | Rivage | Pour qui |
|---|---|---|
| Empreinte par nuitée | 22,2 kgCO₂e | Acheteur corporate |
| Écart à la valeur de référence | −26 % | Commercial |
| Écart d’émissions sur un compte | 23 tCO₂e pour 3 000 nuits | Acheteur voyages |
| Énergie par nuit | 57 kWh | Directeur technique, trajectoire OPERAT |
| Part du CA en consultation couverte par une preuve carbone | À suivre | Direction générale |
Les erreurs à éviter
- Laisser chaque service recalculer de son côté. Dans un réseau, les hôtels, le siège, la finance, le commercial et la RSE refont souvent le calcul avec leurs propres hypothèses, et les résultats ne se réconcilient plus. Une donnée unique et partagée évite ce problème.
- Comparer des calculs différents, par exemple une mesure incluant les repas et la blanchisserie à un repère HCMI limité à l’énergie.
- Confondre labels et mesure. La Clef Verte ou l’Écolabel européen renforcent la visibilité dans certains programmes de voyages d’affaires, mais ne fournissent pas de valeur chiffrée. En revanche, la donnée produite pour le référencement corporate alimente le dossier de label : une collecte, deux usages.
Réduire l’empreinte : ce que montre le cas Rivage
Sur deux exercices, Rivage engage deux actions :
- remplacement de 300 MWh de gaz par une pompe à chaleur (coefficient de performance 3, soit 100 MWh d’électricité supplémentaires) ;
- réduction de 12 % des émissions liées aux fournisseurs par une Discrimination Carbone Positive® : à qualité et budget équivalents, choisir l’offre la moins émettrice pour les repas, la blanchisserie et les produits d’accueil.
| Indicator | Avant | Après deux exercices |
|---|---|---|
| Gaz | 1 080 MWh | 780 MWh |
| Électricité | 720 MWh | 820 MWh |
| Shopping | 380 tCO₂e | 334 tCO₂e |
| Total | 700 tCO₂e | 592 tCO₂e |
| Par nuitée | 22,2 kgCO₂e | 18,8 kgCO₂e |
Résultat : une baisse de 15 % à volume constant, environ 11 500 € d’économies nettes d’énergie par an, et environ 3 000 € de renchérissement ETS2 évités à partir de 2028 (hypothèses du cas : gaz à environ 84 €/MWh, électricité à environ 138 €/MWh, quota ETS2 à 45 €/tCO₂e).
Côté fournisseurs, la réduction passe par la donnée, sans investissement. Les gestes du quotidien, en associant réception, housekeeping, restaurant et maintenance, ajoutent des économies immédiates : plusieurs milliers d’euros par an pour un hôtel de 100 chambres, à titre d’ordre de grandeur.
Ces économies restent un complément : l’essentiel de la valeur se trouve dans les contrats conservés.
Par où commencer ?
Mieux vaut partir d’un cas réel qu’un cadrage général : un établissement pilote, une famille d’achats, une rénovation à venir ou une consultation grand compte. La séquence :
- reprendre le bilan et les consommations réelles ;
- mesurer l’empreinte par nuitée ;
- aller chercher la donnée chez les fournisseurs ;
- décider ce qui mérite d’être généralisé au réseau.
Le bilan d’émissions peut être cofinancé par le dispositif Diag Décarbon’Action, opéré par Bpifrance avec l’ADEME.
Pour aller plus loin : le Cahier 33 Hôtellerie
Le Cahier 33 « Hôtellerie & Compétitivité Carbone® » s’adresse aux groupes hôteliers, aux réseaux sous enseigne, aux hôtels indépendants et à leurs prescripteurs. Il répond en dix questions à ce que la donnée carbone change pour l’hôtel : le poids du carbone dans le compte d’exploitation, la preuve à la nuit vendue, les émissions cachées chez les fournisseurs, la gouvernance entre siège et établissements, la valorisation des rénovations auprès des clients et des banques. Tous les calculs du cas Hôtel Rivage y sont détaillés.
FAQ
Qu’est-ce que l’empreinte carbone par nuitée ?
C’est la quantité de gaz à effet de serre émise par un hôtel pour une nuit vendue, exprimée en kgCO₂e. On l’obtient en divisant le bilan annuel de l’hôtel par son nombre de nuitées.
Quelle est la moyenne pour une nuit d’hôtel en France ?
Les repères publiés se situent entre 5 et 10 kgCO₂e (5,3 selon l’ADEME, 7,7 selon HCMI), mais ils portent principalement sur l’énergie. Un calcul qui intègre les repas, la blanchisserie et les produits d’accueil donne des valeurs nettement plus élevées.
Faut-il inclure le trajet du client ?
Non. Le transport des voyageurs est traité séparément, pour mesurer la performance que l’hôtel maîtrise. Les deux peuvent ensuite être additionnés pour obtenir l’impact d’un voyage complet.
Un hôtel est-il concerné par l’ETS2 ?
Pas directement. À partir de 2028, ce sont les fournisseurs de gaz, de fioul et de GPL qui achètent les quotas ; ils en répercutent le coût dans leurs prix.
Un hôtel doit-il publier un rapport CSRD pour répondre aux entreprises ?
Non, la plupart des hôtels n’y sont pas soumis. La demande vient des grands comptes, qui ont besoin de cette donnée pour leur propre Scope 3.
Les labels environnementaux suffisent-ils ?
Non. Un label atteste de bonnes pratiques ; seule une mesure donne un chiffre par nuitée. Les deux sont complémentaires : la même collecte de données peut servir au référencement et au dossier de label.
Sources
- Decarbo’Solution®, Cahier 33 · Hôtellerie & Compétitivité Carbone®, V1.0, septembre 2026 : cas Hôtel Rivage et méthode
- ADEME, Choisir un hébergement durable
- Nos Gestes Climat, Empreinte hôtel par nuit (reprend le rapport ADEME 2020 et la moyenne HCMI France)
- ADEME (avec Carbone 4 et SCET), Bilan des émissions de gaz à effet de serre du secteur du tourisme en France, rapport final, avril 2021, figure 28 p. 64 (hébergement marchand : 3,3 kgCO₂e par nuitée pour l’énergie, 6,9 kgCO₂e au total)
- Sustainable Hospitality Alliance, HCMI v3.0






